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Un petit ogre pas comme les autres

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Chapitre 1 

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Il était une fois un ogre, une ogresse et un petit ogre qui vivaient sur la côte de l’océan des Sortilèges. Ils habitaient un château juché sur une falaise abrupte.

L’ogre était laid et son haleine fétide repoussait toutes les mouettes qui s’aventuraient à survoler le château. Il était également cruel et raffolait de la chair fraîche de petits enfants. L’océan des Sortilèges, généralement, en foisonnait. En effet, nombreux étaient les enfants qui le traversaient pour rejoindre l’Ile des enfants qui ne veulent pas grandir.

L’ogresse était laide, méchante et tout aussi cruelle que son affreux mari. Elle surveillait les enfants retenus prisonniers dans les oubliettes du château et les engraissait jusqu’au jour où ils étaient suffisamment gras pour satisfaire son époux.

Le petit ogre n’avait rien à voir avec ses parents. Il était gentil, bon, obéissant et très beau. Mais il se sentait bien seul car il n’avait aucun ami. Qui aurait voulu se nouer d’amitié avec un petit ogre dont les parents étaient haïs et craints de tous ? De plus, le petit ogre était si grassouillet que tous se moquaient de lui. Cela le rendait très triste. Et plus il était triste, plus il mangeait et plus il mangeait, plus il grossissait.

Un terrible secret planait sur cette famille. L’ogresse ne pouvait pas avoir d’enfant. Elle l’avait recueilli le jour où son époux avait mangé ses vrais parents ! Mais le petit ogre n’était qu’un bébé à l’époque et ne se souvenait de rien.               

A l’heure où je vous parle, cela faisait plusieurs semaines que les oubliettes du château étaient vides. L’ogre affamé n’en dormait plus et passait toute ses nuits à surveiller l’océan des Sortilèges. Il commençait à désespérer lorsqu’il aperçu à l’horizon une petite silhouette qui naviguait sur un coquillage géant. Sans plus attendre, l’ogre descendit sur la plage et se rua sur son radeau qu’il avait baptisé, non sans raison, le radodos :

- Réveillez-vous bande de fainéants ! Nous avons du travail ! cria-t-il à l’attelage d’hippocampes enchainés aux os du radeau.

Les hippocampes se dressèrent sur leur queue et, crinières au vent, commencèrent à nager sous les coups de fouet de l’ogre. Bientôt, il se lança à l’abordage du coquillage géant. Il n’eut aucune pitié pour la pauvre petite fille terrorisée. L’ogre la ligota sur son radodos et, ignorant ses cris, regagna le château. 

- Tiens ogresse, de la chair fraîche à engraisser ! lança-t-il victorieusement à son épouse.

- Eh bien, elle n’est pas prête à passer à la casserole celle-là. N’aurais-tu pas pu en trouver une un peu plus grasse… lui répondit-elle en attrapant la petite fille terrorisée avant de la traîner et de l’enfermer dans les oubliettes.

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Chapitre 2

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 Le lendemain, l’ogresse réveilla le petit ogre aux aurores.

- Réveille-toi fainéant et va me chercher des friandises ! La pêche a été bonne cette nuit et ton père a faim ! Allez, remue tes bourrelets et dépêche-toi !

Obéissant, le petit ogre se leva, s’habilla et prit sa hotte. Un long voyage l’attendait.

Le petit ogre contourna la falaise, descendit sur la plage et marcha, marcha, marcha… Il traversa de nombreuses plages toutes plus belles les unes que les autres. Sur l’une d’elle les grains de sable ressemblaient à de la poussière d’or et formaient, de part et d’autres, de petits châteaux habités par de minuscules crabes. Pinces au vent, ils pavoisaient au soleil et disparaissaient promptement à son approche. Il marcha ainsi plusieurs jours d’affilé et arriva, épuisé, sur la plage des douceurs.

La plage, jonchée de guimauves, de sucres d’orge, de caramels et autres bonbons acidulés, était saupoudrée de sucre glace léché par une écume de barba papa. Le petit ogre se régala et, une fois rassasié, rempli sa hotte à ras bord et entreprit de regagner le château. Mais il faisait chaud, très chaud et le petit ogre peinait énormément. Bientôt, il s’arrêta pour se reposer. Il se rapprocha du rivage, s’assit sur le sable humide et laissa l’écume tiède masser ses bourrelets. Fixant l’horizon, il pensa à la fillette. Il trouvait terrible le sort qui lui était réservé… mais que pouvait-il faire ?

Soudain, il entendit un chant si mélodieux qu’il ferma les yeux et se laissa bercer au rythme des vaguelettes. Puis, sa curiosité l’emporta et il ouvrit les yeux. C’est là que le petit ogre la vit !

Assise sur un rocher, une magnifique sirène chantait. Ses longs cheveux roux ondulaient au gré de la brise et effleuraient ses épaules dénudées. Ses yeux verts assortis à ses écailles d’émeraude étincelaient et sa poitrine naissante, comme deux petits soleils, suggéraient une féminité sur le point d’éclore. Elle sourit au petit ogre et lui dit :

-  Bonjour, je m’appelle Crystal.

-  Heu… bonjour Crystal, moi c’est… heu… le petit ogre…

Crystal  se mit à rire et répondit :

-  Petit ogre ?! Mais ce n’est pas un nom ça ! Et que fais-tu par ici petit ogre ?

-  Je ramène des friandises à mes parents.

-  Eh bien, ta famille doit être sacrément gourmande…

Le petit ogre lui raconta alors ce que vous savez. Au fur et à mesure de son récit, le teint de Crystal devenait blafard. Et soudain, d’un bond, elle se leva sur sa queue et s’écria :

-  Comment toi qui as l’air si gentil peux-tu accepter cette horreur ?

-  Heu … Je ne sais pas, ça me semble normal…

-  Et bien moi je connais une murène, une affreuse murène tapie au fond de l’océan des Sortilèges. Et sais-tu de quoi elle raffole ?

Le petit ogre secoua la tête en signe de négation et Crystal d’un air grave continua :

-  Elle raffole de petits ogres bien grassouillets… Et moi je chasse les petits ogres bien grassouillets !

Crystal plongea alors brusquement dans la mer. Lorsqu’elle réapparu, tout aussi brusquement, ses bras étaient tendus vers le petit ogre, et au bout de ses doigts, ses ongles affutés s’agitaient. Le petit ogre poussa un cri et tenta de fuir mais il se prit les pieds dans ses bourrelets et tomba tête la première dans le sable.

Crystal éclata de rire.

-  Je t’ai bien eu, n’est-ce pas !

-  Ca ne me fait pas rire du tout, répondit le petit ogre vexé

-  Et moi je suis sûre que la fillette enfermée là-bas ne rit pas non plus…

Le petit ogre réfléchit quelques instants et dit :

-  Mais que puis-je faire ? Je ne peux pas désobéir à mes parents…

-  C’est vrai, ce n’est pas bien de désobéir mais ce n’est pas bien d’obéir bêtement sans réfléchir aux conséquences.

Le petit ogre réfléchit à nouveau et, honteux,  ajouta :

- Tu as raison Crystal. Que dois-je faire alors ?

-  Pour commencer tu vas faire un peu d’exercice et arrêter de manger ces cochonneries. Si tu veux affronter tes parents tu dois être en pleine forme et vigoureux.

Le petit ogre acquiesça et Crystal plongea dans l’océan. Lorsqu’elle refit surface, elle tenait un beau poisson.           

-  Voilà dorénavant ce que tu mangeras à chaque repas. Tu verras c’est très bon et c’est très sain.

-  Mais je n’aime pas le poisson, ronchonna le petit ogre.

-  Goûte avant de dire que tu n’aimes pas s’il te plaît.

Et le petit ogre goûta. Ca ne valait pas un délicieux bonbon mais puisque c’était bon pour sa forme, il mangea.

-  Maintenant petit ogre nous allons jouer au ballon. Tu verras c’est très amusant et ça va faire fondre tes bourrelets.

Le petit ogre acquiesça et Crystal plongea dans l’océan. Lorsqu’elle refit surface, un beau ballon rond jaillit à ses côtés. Crystal expliqua les règles du jeu au petit ogre. C’était simple, il suffisait de marquer le plus de buts possibles.

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Chapitre 3

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Au début, Crystal marqua tous les buts. Le petit ogre était bien trop lourd et pas suffisamment agile pour arrêter ses coups de queues précis et gracieux. Elle lui disait qu’il ferait mieux la prochaine fois mais le petit ogre, découragé, se laissait tomber sur le sable en disant qu’il n’y arriverait jamais.

Ensuite, Crystal laissa le petit ogre gagner de temps en temps. Lorsqu’il marquait un but elle frétillait de la queue. Qu’est-ce qu’il était heureux en ces moments là même s’il savait que son amie le laissait gagner.

A la fin, le petit ogre marquait un but à chaque ballon lancé. Crystal, épatée, l’applaudissait des nageoires sans retenue. Le petit ogre était fier et il avait de quoi. L’exercice et sa cure de poisson lui avait fait grand bien. Tous ses bourrelets avaient fondu. Il était maintenant prêt pour affronter ses cruels parents et pour délivrer leur prisonnière.            

Le lendemain, après avoir vidé sa hotte, le petit ogre et Crystal se mirent en route. Ils arrivèrent au château tard dans la nuit. Crystal délia les liens retenant les hippocampes au radodos et leur chuchota ce qu’elle attendait d’eux. Ensuite, elle plongea et nagea jusqu’au coquillage géant qui flottait toujours sur l’océan.

Le petit ogre, quant à lui, rentra dans le château sans faire de bruit. Arrivé à la cuisine, il aperçut son père affalé dans son fauteuil en train de ronfler. A pas de loups, il se dirigea vers les oubliettes. Mais soudain l’ogre se réveilla en sursaut. Le petit ogre se précipita sous la table et resta immobile.  

-  Ogresse ! Va me chercher la fillette, j’ai trop faim, je ne peux plus attendre !

L’ogresse rentra dans la cuisine, passa devant la table et rejoignit son mari. Elle posa ses mains sur ses larges épaules et tout en le massant lui dit :

-  Mais chéri, elle est si chétive qu’elle ne te fera même pas une bouchée. Sois patient, ton fils ne devrait plus tarder à revenir.

-  Mon fils ! ? Ce gros tas de graisse que tu m’as obligé à recueillir après avoir mangé ses parents ! Oh Et puis j’en ai marre de ce petit ogre. Il serait beaucoup plus utile dans mon assiette que dans tes jupons. Dis-moi franchement ogresse, n’ai-je pas raison ?

L’ogresse, un sourire malveillant aux lèvres, acquiesça tandis qu’une grosse larme coula sur la joue du petit ogre toujours caché.

-  Tu as raison, ce petit ogre est un fardeau. A part, rapporter des friandises, il n’est bon à rien.

L’ogresse se rapprocha de son époux, s’avachit sur ses genoux et continua :

-   Si à son retour je te le prépare en civet, m’offriras-tu une nouvelle robe ?

L’ogre sourit et acquiesça.

-   En attendant, pourquoi ne vas-tu pas faire un tour sur ton radodos. J’ai cru voir quelque chose sur l’océan.

-   J’espère que tu as raison ! Mais si je reviens bredouille, je mangerai la fillette qu’elle soit grasse ou non ! Prépare-la moi au cas où.

Chapitre 4

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L’ogre se leva et descendit sur la plage réveiller les hippocampes.

-   Debout bande de fainéants !

Les hippocampes se dressèrent sur leur queue et, crinières au vent, se mirent à nager. L’ogre scruta l’horizon et remarqua une fillette qui naviguait sur un coquillage géant.

-   Plus vite bande de paresseux ! hurla l’ogre en faisant claquer son fouet.

Le coquillage n’était maintenant plus qu’à une dizaine de mètres du radodos. L’ogre pouvait maintenant voir celle qu’il avait prit pour une fillette. Mais il était trop tard. Crystal s’éleva sur sa queue et commanda aux hippocampes :

-  Allez-y ! Maintenant !

Les hippocampes se dégagèrent alors de leurs liens et se regroupèrent à tribord du radodos. Ils se placèrent les uns sur les autres pour former une chaîne verticale. Puis, tous ensemble, ils poussèrent le radodos jusqu’à ce qu’il chavire.  L’ogre, sans comprendre ce qui lui arrivait, tomba à l’eau. Il essaya de se raccrocher à un hippocampe mais ce dernier lui assena des coups de trompe. L’ogre lâcha prise et se débattit quelques instants. Mais il ne savait pas nager et bientôt, à bout de souffle, il coula comme une masse au fond de l’océan des Sortilèges.                 

Pendant ce temps, l’ogresse avait remonté la petite prisonnière dans la cuisine. Toujours cachée sous la table, le petit ogre la vit allumer le four et mettre la table. L’enfant tremblante n’avait plus de force. Prostrée dans un coin, elle suppliait l’ogresse de la laisser partir. Mais l’ogresse n’en avait que faire et tout en aiguisant le couteau préféré de son époux, s’esclaffa :

-  Aurais-tu peur ? Il fallait y penser avant jeune fille. Si tu avais accepté de grandir, tu n’en serais pas là. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même.

L’ogresse se dirigea alors en agitant le couteau vers la fillette qui criait.

-  Tais-toi où je te découpe en morceau.

Mais la fillette, terrorisée, ne pouvait se taire et continuait à hurler.

-  Tanpis pour toi, tu l’auras voulu !

Hors d’elle, l’ogresse s’avança en brandissant le couteau et passa près de la table. Le petit ogre allongea alors une jambe.  L’ogresse buta dans sa cuisse musclée, perdit l’équilibre, tomba en avant et c’est dans un effroyable cri de douleur qu’elle s’empala sur son grand couteau.                 

Lorsque Crystal regagna la plage, le petit ogre et la fillette l’attendaient. Ils firent un grand feu pour faire griller les beaux poissons que les hippocampes avaient rapportés. Ils se régalèrent et discutèrent longuement. Le petit ogre se demandait ce qu’il allait devenir. Continuer à habiter le château ne l’enchantait guère. Quant à la fillette elle n’avait plus envie de se rendre sur l’Ile des enfants qui ne veulent pas grandir et regrettait d’avoir abandonné ses parents. Cette effrayante aventure lui avait sans doute servi de leçon.

Je ne sais pas exactement ce qui arriva à nos amis après cette nuit. Mais j’ai entendu dire qu’une jeune fille et qu’un jeune garçon avait été vu chevauchant des hippocampes sur l’océan des Sortilèges. Ils tournaient le dos à l’Ile des enfants qui ne veulent pas grandir et se dirigeaient vers une contrée inconnue. Il parait même qu’une sirène leur souhaitait bonne chance et bon retour en agitant sa queue. Pensez-vous qu’il s’agissait de Crystal, de la fillette et du petit ogre ?

FIN

Par Marjolaine Marchal, juillet 2008©

 

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