Archive pour la catégorie 'CONTE : Fantin le dauphin s’en va-t-en guerre'

Fantin le dauphin s’en va-t-en guerre

 

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Clique sur les personnages écrits en bleu dans le conte pour les découvrir dans la réalité ! (Il semblerait qu’avec Internet Explorer les liens ne fonctionnent pas, je vous invite donc à le faire avec Firefox)

Chapitre 1

Il était une fois, dans l’océan des Sortilèges, un lagon paradisiaque nommé Aquarius. Ce paisible endroit pullulait de plancton dont se nourrissaient les mollusques, crustacés

et autres habitants. Tous vivaient en harmonie sur ces récifs qui foisonnaient d’algues, de coraux et d’anémones tous aussi curieux et colorés les uns que les autres et où les gorgones s’ouvraient comme des éventails. Dans cet endroit, les étoiles de mer étaient toujours prêtes à donner un coup main. Les crabes étaient courtois et n’arrêtaient pas de se serrer la pince. Les homards taquinaient les langoustes et les langoustes aimaient ça. Les crevettes passaient leurs soirées à s’amuser avec les bigorneaux, les bulots et les palourdes autour d’un cocktail de plancton qui, paraît-il, était divin. La soirée terminée, grisés, tous rentraient à dos de tortues pour éviter de se faire pincer par les radars des crabes qui surveillaient la circulation.  La vie à Aquarius se déroulait ainsi, dans la paix, la bonne humeur et en toute sécurité.

Mais un jour, des algues tueuses envahirent Aquarius. Ces algues, appelées caulerpes, parcouraient l’océan des sortilèges à la recherche de plancton. C’était la seule nourriture qui calmait leur appétit insatiable et leur permettait de proliférer. Elles n’avaient que faire des peuples qu’elles affamaient et qu’elles décimaient. Les caulerpes ne pensaient qu’à une chose : Devenir encore plus puissante !

Chapitre 2

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La respectée Présidente d’Aquarius, Ségolène la baleine bleue, convoqua immédiatement son état major. Ensemble, ils devaient absolument trouver le moyen d’éradiquer ce fléau ou, d’ici quelque temps, le peuple d’Aquarius mourrait de faim…

L’amiral Narval brandit son épée et proposa de les exterminer sans faire de quartier. Le lieutenant de vaisseau Cachalot fit grincer ses longues dents pointues et arque bouta son dos bossu. Il suggéra de les écraser puis de les couper en petits morceaux. Mais ces solutions ne convainquirent pas la pacifiste Ségolène. C’est alors qu’un jeune fantassin, prénommé Fantin le dauphin, intervint :

-   Excusez-moi mais j’ai peut-être une solution…

-   Dis nous Fantin, nous t’écoutons, lui répondit Ségolène.

-   Je pense que nous devrions nous mettre à la recherche de la ceinture de Vénus.

Il expliqua alors que cette ceinture magique rendait bienveillant quiconque elle entourait. Malheureusement, La belle Vénus, reine des sirènes, avait été enlevée par une bande de mérous armés jusqu’aux dents sur l’ordre de Chimène la murène. Elle se trouvait dorénavant prisonnière dans l’Abysse de la haine.

-   Très bien. Nous irons libérer Vénus, décida Ségolène. Messieurs, qui de vous accepte cette périlleuse mission ? 

Mais l’amiral Narval rangea son épée et le lieutenant de vaisseau Cachalot rentra sa bosse. Chimène la murène était une adversaire redoutable, ils le savaient. Ils n’avaient pas envie de faire ce que quelqu’un d’autre pourrait faire à leur place…

-   Moi je suis d’accord, s’écria alors le jeune fantassin en remuant énergiquement ses petites nageoires grises.

-   Très bien Fantin, répondit Ségolène, je te fais confiance. Mais fais bien attention à toi, Aquarius compte sur toi ! 

 

Et c’est ainsi que Fantin le dauphin fut chargé par la Ségolène la baleine de ramener la ceinture de Vénus.

Chapitre 3

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Sa première mission était de rejoindre l’Archipel de la paix et de trouver Ninette la mouette qui nichait sur l’Ile aux oiseaux. Il aurait besoin de son aide car elle seule connaissait les courants qui menaient à l’Abysse de la haine. Fantin plongea et nagea de longues, très longues heures dans l’océan des sortilèges.

Bientôt, il arriva sur un récif qui fit frissonner ses nageoires.  Le corail était déchiqueté et les algues décharnées tombaient en lambeaux. Des coquilles vides, des pinces brisées et des antennes tordues jonchaient les fonds sablonneux. Fantin ne croisa qu’un seul être vivant. Une vieille étoile de mer qui boitait en se traînant sur les trois bras qui lui restaient.

-   Mais que s’est-il passé ? lui demanda Fantin.

-   Vulkin le requin tapis barbu a déclaré la guerre à l’Archipel de la paix. Nous avons bien essayé de résister mais face à son armée de kamikazes, nous n’avions guère de chance. Leurs poissons torpilles ont annihilés nos oursins porte-lance envoyés en première ligne. La troupe des hippocampes est tombée dans les bras des poulpes et nos poissons épées furent décimés par les missiles de leurs poissons pilotes. Ils ont tout simplement exterminé tout ce qui se trouvait sur leur passage… Les plus chanceux ont été faits prisonniers et qui sait où ils peuvent être en ce moment…

-   Mais pourquoi ? Je ne comprends pas ! S’exclama Fantin.

-   Pourquoi ? Simplement parce que nous avons récemment découvert, sous les récifs de l’archipel, des dollars des sables. Ils voulaient s’en emparer…

-   Je comprends, dit Fantin, certains requins ont les dents longues…

-   Très longues et très tranchantes, répondit la vieille étoile de mer en brandissant ses moignons.

-   Ne t’inquiète pas, je vais trouver le moyen de soigner tes blessures. Il doit bien y avoir des survivants quelque part ?

-   En effet, je crois qu’ils se sont cachés près de l’Ile aux oiseaux.

-   C’est justement là où je dois me rendre. Viens je t’emmène. 

Et d’un coup de museau Fantin poussa la vieille étoile de mer sur son dos. Elle s’agrippa tant bien que mal et, tous deux, se mirent en route.

Chapitre 4

Après quelques heures de voyage, l’Archipel de la Paix se dessina à l’horizon. Une brigade d’uranoscopes coiffés d’un képi faisait la circulation et orientait les rescapés. Ces derniers arrivaient par centaines ! Un rouget dont la barbichette avait été arrachée précédait une sardine qui perdait ses écailles. Un petit éperlan arc-en-ciel, sans doute épuisé par les kilomètres qu’il avait parcouru, essayait tant bien que mal d’avancer. Une gentille daurade compatissante le chargea alors sur son dos. Une lotte dodue qui se traînait sur le fond se retrouva coincée entre deux rochers et se mit à paniquer. Fantin tenta de la pousser sous les encouragements de la vieille étoile de mer. Mais tous ses efforts furent vains. C’est alors qu’un poisson perroquet au front protubérant et à la mâchoire saillante arriva à la rescousse. Il se mit à croquer la roche à pleine dent. La roche céda et tomba en poussière. La lotte, délivrée, remua son énorme tête plate en signe de reconnaissance et continua son chemin. Fantin rencontra, un peu plus loin, une jolie petite raie qui nagea à ses côtés. Elle lui raconta l’effroyable mésaventure qu’elle venait de vivre. Elle s’était fait coincer par une bande de maquereaux qui profitaient de la guerre pour piller les fonds marins. Ils avaient tentés de lui couper ses ailes mais elle avait brandit son dard.  Pris de panique, ils s’étaient enfuis.

Puis bientôt, nos amis arrivèrent aux portes de l’Ile aux oiseaux. Fantin aida la vieille étoile de mer à grimper sur les ailes de la petite raie. Un aimable uranoscope leur indiqua le chemin de l’hôpital de l’étoile rouge où les poissons chirurgiens opéraient à tour de bras. Quant à Fantin, il se mit aussitôt en quête de Ninette la mouette.

-   Ninette ! Ninette ! Où es-tu ? J’ai besoin de toi ! 

Mais il n’eut aucune réponse. Il recommença encore plus fort.

-   Ninette ! Où es-tu ? C’est moi Fantin ! 

C’est alors qu’il la vit voler vers lui. Elle se posa alors sur son melon situé entre ses deux yeux, comme à son habitude.

-   Fantin ? Ca me fait très plaisir de te voir, mais que fais-tu ici ?

-   J’ai besoin de ton aide. Je dois me rendre dans l’Abysse de la haine.

Et Fantin raconta la périlleuse mission que lui avait confiée la Présidente d’Aquarius.

-   Très bien, je peux t’y conduire. Mais je dois te prévenir, c’est très dangereux pour toi.  Tu devras traverser le Golf des sables où se trouve le repère de Vulkin le requin et de ses kamikazes.

-   Je n’ai pas le choix Ninette. La survie d’Aquarius en dépend.

-   Je te reconnais bien là Fantin. Aussi courageux que téméraire ! Allez, allons-y ! Nous n’avons pas de temps à perdre. 

Ninette s’envola et Fantin la suivit. Lorsque la nuit tomba, elle se posa bien confortablement sur le melon de son ami et s’endormit. Fantin, lui, continua à nager, nager, encore nager.

Chapitre 5

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Au petit matin, ils atteignirent le Golf des sables. Ce dernier fourmillait daraignées de mer. Ninette eut à peine le temps de prendre son envol que les araignées s’étaient déjà jetées sur Fantin.  Heureusement, leurs pinces n’étaient pas assez puissantes pour l’inquiéter. Il leur fila entre les pattes et se retrouva face à un sable blanc parsemé de dollars des sables. Il continua de nager et se retrouva bientôt face à un champ de méduses bleues gonflées de venin. Il y en avait des centaines, peut être des milliers. Fantin eut très peur mais se ressaisit. Il savait qu’il ne devait pas les toucher, ni même les frôler ou ces méduses exploseraient et lui avec. Il était téméraire, certes, mais il n’était pas inconscient. Nager au travers des méduses était beaucoup trop risqué.

Il remonta à la surface et retrouva Ninette qui commençait à s’inquiéter. Ensemble, ils réfléchirent et trouvèrent une solution. Fantin recula, prit de l’élan et fonça droit sur les méduses. Mais, juste avant de les percuter, il bondit hors de l’eau et s’éleva au-dessus des vagues. Lorsqu’il replongea, le champ de méduses était loin derrière lui et il était sain et sauf. Ninette n’en revenait pas, elle ne l’avait jamais vu sauter aussi haut et aussi loin !

Fantin était fier. Il avait échappé aux araignées et aux méduses mais il devait rester très vigilant. Vulkin le requin et ses kamikazes devaient être dans les parages. Il continua à nager mais ne rencontra âme qui vive. Le Golf des sables était désertique. Bientôt, il se retrouva dans les courants qui menaient tout droit à l’Abysse de la haine. Il se laissa glisser tandis que Ninette partit en éclaireur.

Chapitre 6

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Au bout de quelques heures de vol, Ninette aperçut une colonie de fous de Bassan. Ils étaient nichés au sommet d’une falaise qui tombait à pic dans l’océan des sortilèges. Ravis d’avoir de la visite, ils l’invitèrent à partager leur repas. De beaux mérous fraîchement pêchés ! Intriguée, Ninette en profita pour questionner Abou leur chef.

-   Y a-t-il beaucoup de mérous dans le coin ?

-   Ah que oui, ça pullule !

-   Et où se trouvent-ils ?

-   Là, juste en bas de la falaise.

-   C’est étrange… Savez-vous ce qu’ils font là ?

-   Il faut dire que je ne me suis jamais posé la question. Suis-moi, je vais aller voir de plus près.

Abou le fou plongea en piquet et disparut dans les flots.  Ninette, bien qu’en admiration devant un tel plongeon, n’essaya même pas de l’imiter. Elle n’était pas folle…  Abou refit surface au bout de quelques instants. Il secoua ses plumes et s’approcha de Ninette.

-   Alors ? Lui demanda-t-elle en trépignant d’impatience.

-   Je n’en reviens pas ! Jamais je n’y avais prêté attention. Figure-toi qu’ils gardent l’entrée d’une galerie souterraine. Je peux t’affirmer que c’est immense là-dessous ! 

Durant le copieux repas Ninette raconta toute l’histoire à ses nouveaux amis. Sensible au drame qui se nouait sur Aquarius, la colonie proposa son aide. Les fous feraient diversion en attaquant en masse les mérous. Cela devrait permettre à Fantin de pénétrer dans la galerie.

Chapitre 7

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C’est en effet ce qui se passa et Fantin se faufila ni vu, ni connu. Abou avait vu juste. La galerie était immense, un vrai labyrinthe. Il avança lentement pour éviter de se blesser en heurtant les parois rocheuses et se retrouva bientôt dans un boyau sombre et glacial ou une odeur nauséabonde régnait. Si Fantin l’avait senti il aurait peut être compris que Chimène la murène n’était pas loin, mais Fantin n’avait pas d’odorat. Par contre, il possédait un sonar ultra perfectionné qui lui permettait de voir avec les oreilles. Aussi, il l’alluma, continua à avancer et arriva face à un précipice qui plongeait à pic. Fantin eut beau tourner son sonar dans tous les sens, il lui fut impossible de distinguer le fond. C’était sans doute l’Abysse de la haine…

Puis, soudain, le sonar perçut de faibles signaux. Des signaux étranges qui ressemblaient à des cris ou à des gémissements. Ils ne venaient pas de l’abysse. Non, ils venaient de l’intérieur du labyrinthe. Fantin décida de faire demi-tour et se laissa guider par ces appels qui devenaient de plus en plus clairs. Il y avait, quelque part derrière ces rochers, des créatures désespérées. Il nagea tout droit, vira à gauche et emprunta un couloir si bas de plafond qu’il égratigna sa nageoire dorsale. Mais il continua à nager puis s’arrêta et écouta. Les cris venaient de là, juste à côté de lui. Il en était certain ! Pourtant, il n’y avait rien à part quelques coquillages embourbés dans la vase. Fantin tourna sur lui-même, son sonar en alerte. C’est alors qu’il comprit… Les prisonniers ne se trouvaient pas derrière la roche mais sous la vase ! Sans plus attendre il la balaya de sa queue et découvrit une trappe. Il pouvait maintenant entendre distinctement Les appels au secours lancés par les créatures retenues prisonnières. Fantin leur répondit :

-   Ne vous inquiétez pas, je suis Fantin le dauphin, je vais vous sortir de là !

-   Enchanté Fantin ! Je suis Hippo le chef de la troupe des hippocampes de l’Archipel de la paix ! Fais vite s’il te plaît ! 

 

Fantin s’approcha de la trappe. Mais, incrustée à la poignée, une masse rondouillarde percée de nombreux trous empêchait l’ouverture. Il essaya de la faire lâcher prise mais cette chose tenait bon. Découragé, Fantin, annonça la mauvaise nouvelle aux prisonniers.

-   N’y a-t-il rien sur le sol qui pourrait t’aider, lui demanda Hippo. 

Fantin parcourut le sol de ses petits yeux ronds et remarqua la pointe d’un couteau enfoncé dans la vase. Il s’en saisit et s’approcha de la trappe. C’est alors qu’il entendit une petite voix qui venait de la masse rondouillarde l’implorer :

-   Je t’en supplie gentil dauphin, ne me fait pas de mal ! Je m’appelle Suzon et je ne suis qu’une pauvre petite éponge. Je ne peux pas me détacher mais je vais t’aider à faire sortir tes amis. Fais moi confiance et ne me découpe pas en morceaux, s’il te plait !

-   D’accord, répondit Fantin. Alors dis-moi, je t’écoute.

-   Regarde sur ta droite, à trois heures. Tu trouveras Léon le concombre en train de faire sa sieste. Demande lui de venir et s’il ne veut pas, menace le de le découper en rondelle, il viendra…

Chapitre 8

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Fantin trouva effectivement Léon endormi et le réveilla. Léon s’étira de tout son long mais refusa de le suivre. Il détestait être dérangé pendant son sommeil, surtout par un inconnu. Fantin brandit alors le couteau et le menaça de le manger en salade. Le concombre bondit hors de sa brèche et suivit Fantin sans demander son reste. Il écouta attentivement Suzon l’éponge lui expliquer ce qu’elle attendait de lui. Léon se dressa alors tête en bas, son derrière face à la trappe et se mit à cracher par ce dernier une multitude de fils blancs et gluants. Il continua ainsi jusqu’à ce que les fils emmêlés forment une solide corde puis se mit à tirer de toutes ses forces. Soudainement, la trappe céda projetant l’éponge et le concombre dans la vase. Hippo et sa troupe se faufilèrent par le trou béant, tandis que Léon et Suzon retrouvèrent leurs esprits.

-   Garde à vous ! s’écria Hippo. 

Tous les hippocampes se dressèrent alors sur leur queue et, trompes en l’air,  remercièrent Fantin. A cet instant, les voix de Léon et Suzon s’élevèrent :

-   Et nous alors ! Vous n’allez tout de même pas nous laisser comme ça ! Lorsque Chimène comprendra que nous avons participé à votre fuite elle nous dévorera tout cru ! 

Hippo acquiesça et entoura fermement le couteau dans sa queue. D’un coup unique et précis, il sectionna la corde qui reliait toujours Léon à la trappe. Puis, il ordonna à sa troupe :

-   Trompes en position ! 

Chaque hippocampe introduisit sa trompe dans un des trous de l’éponge.

-   Aspiration ! 

Les hippocampes se mirent alors à aspirer de concert jusqu’à ce que Suzon cède et se décolle de la trappe. Léon et Suzon remercièrent les hippocampes et implorèrent Fantin de les emmener avec eux.

-   Mes filaments gluants pourraient vous être d’une grande utilité, dit Léon.

-   Et moi je pourrais cacher les hippocampes dans mes trous et les faire avancer ni vu ni connu, ajouta Suzon.

Fantin accepta avec plaisir.

-   Bon dépêchons nous maintenant, lança alors Hippo. La murène n’est pas loin. Sa puanteur commence à irriter mes naseaux ! 

Hippo donna l’ordre à sa troupe de se mettre en rang. Fantin profita de cet instant pour lui conter brièvement les malheurs d’Aquarius. Compatissant et redevable envers celui qui les avait délivré, Hippo offrit son aide à Fantin.

Chapitre 9

Nos amis étaient sur le point de partir, lorsque tout à coup, celle que tous redoutaient, surgit. Chimène la murène nageait vers eux sa grande gueule puante ouverte prête à mordre. Son long corps ondulait comme un serpent et ses yeux ténébreux lançaient des éclairs. Lorsqu’elle aperçut les hippocampes libres, sa crête épineuse se dressa et passa d’un bleu pourpre à un rouge écarlate. Elle fouetta l’eau de sa queue, releva, tel un cobra, son cou massif puis virevolta vers Fantin. Elle le fixa un instant puis fonça droit sur lui. Il eut juste le temps de coincer la trappe entre ses nageoires que la murène s’était déjà jeté dessus tête la première. Sous le choc, elle s’évanouit et s’affala de tout son poids dans la vase.

-   Partons vite avant qu’elle ne retrouve ses esprits, lança Hippo. Suis-nous jeune dauphin nous connaissons le chemin. 

Fantin et son escorte s’éloignèrent et s’engagèrent dans les profondeurs obscures de l’Abysse de la haine. C’est alors qu’une multitude de petites créatures poilues rose fluorescent, les benthocodons, bondirent des fissures des rochers et interpellèrent nos amis.

-   Que venez-vous faire ici ?

-   Nous sommes à la recherche de Vénus la Reine des sirènes, répondit Fantin.

-   Seriez-vous devenu fous, avez-vous une idée de ce qui vous attend là-dessous ?

-   Non. Mais nous sommes prêt à l’affronter, répondit Hippo.

-  Très bien, vous me semblez honnêtes et déterminés. Nous allons vous aider à descendre dans les profondeurs. N’ayez crainte et faites nous confiance. 

 

Les étranges créatures se mirent alors à tournoyer sur elles-mêmes comme des toupies de plus en plus vite. Bientôt, une gigantesque tornade emporta Fantin et ses compagnons dans son œil à une vitesse vertigineuse.

Chapitre 10

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Lorsqu’ils touchèrent le fond, les benthocodons avaient disparus et un calme plat et inquiétant régnait. Il n’y avait aucun être vivant. Pas le moindre poisson, pas le moindre coquillage, pas même la moindre coquille vide. Ils étaient seuls. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient… A leur grande surprise, le fond de l’abysse n’était ni sombre, ni glacial. Une lumière rougeoyante, venant d’on ne sait où, éclairait une végétation rampante aussi luxuriante que menaçante. Le sable était rouge et regorgeait de sources d’eau en ébullition qui jaillissaient par intermittence.

-   Ceux sont les Sources du mal. Ne vous en approchez pas si vous ne voulez pas cuire sur place, leur expliqua Hippo. Et maintenant suivez moi. Vénus est par là-bas. 

Tous étaient sur le point de reprendre leur route lorsque Léon le concombre leur barra le passage et s’exclama :

-   Attendez ! Ecoutez… Est-ce que vous entendez ? 

Intrigués, tous se turent et écoutèrent. A quelques dizaines de mètres, un grondement sourd alternait avec des sons stridents au rythme du sable qui se soulevait et s’abaissait régulièrement. Hippo chargea un de ses soldats d’aller voir de plus près. Ce qu’il vit le glaça d’effroi. Camouflée dans le sable, une affreuse créature plate ronflait. Ses yeux clos, pareil à deux petites verrues, étaient posés sur un large museau enveloppé d’une longue barbe. Et sa gueule à moitié ouverte exposait de longues dents droites et pointues qui grinçaient à chaque expiration.

-   C’est le requin tapis barbu, chuchota le soldat en revenant.

-   Nous ne pourrons pas tous passer sans le réveiller, quelqu’un a-t-il une solution ? demanda Fantin.

-   Oui, moi je peux vous aider, lança Suzon l’éponge. Je peux faire passer les hippocampes en les cachant dans mes trous. Les éponges ne l’intéressent pas. Il ne fera pas attention à moi… 

Quant à Léon il proposa :

-   Je pourrais accrocher Fantin à mes fils et le tirer. S’il n’a pas à remuer ses nageoires, Vulkin ne t’entendra pas. Il ne s’intéressera pas à moi non plus, il préfère la viande fraîche. 

Ces solutions ravirent tout le monde. Les hippocampes se cachèrent donc à l’intérieur de Suzon, Léon harponna Fantin de ses fils gluants et tous, silencieusement, dépassèrent Vulkin le requin sans le réveiller.

Chapitre 11

Ils avançaient lentement mais sûrement en évitant les éclaboussures brûlantes des sources du mal. Bientôt, ils aperçurent Vénus. Elle était recroquevillée sur elle-même, enchainée par la queue avec sa propre ceinture. Le bout s’enfouissait dans le sable comme s’il était aspiré. Ses longs cheveux, d’accoutumé coiffés avec élégance, étaient en bataille et ses étincelantes écailles avaient perdues tout éclat. Lorsqu’elle les vit arriver, elle essaya de se relever mais elle était si faible, qu’elle renonça. Après s’être présenté Fantin l’informa de ses intentions de la délivrer et lui demanda son aide pour combattre les caulerpes afin de sauver le peuple d’Aquarius.

-   Je serais ravie de venir en aide à ton peuple Fantin, répondit Vénus, mais il va falloir que tu défasses le nœud sans endommager ma ceinture. La moindre petite entaille, la moindre déchirure anéantirait son pouvoir magique. J’en ai besoin pour rendre bienveillantes les méchantes caulerpes.

Fantin et tous ses amis examinèrent avec attention le nœud, un nœud extrêmement serré. Tirer sur la ceinture ne dénouerait pas le nœud mais le renforcerait…  Tous réfléchissaient… Mais personne n’avait de solution miracle.

-   Je refuse d’avoir fait tout ce chemin pour me retrouver dans une voie sans issue, proclama Fantin. Je suis sûr qu’il existe une solution !

-   Et si, plus tôt, que de nous acharner à vouloir défaire le nœud, nous commencions par récupérer le bout, proposa Léon.

-   Très bonne idée, lança Hippo. 

 

Aussitôt il se tourna vers sa troupe et ordonna :

-   Queue en position ! 

Et tous les hippocampes se dressèrent sur leur queue face à leur chef.

-   Enroulement ! 

Et tous les hippocampes entourèrent leur queue autour de la ceinture.

-   A mon commandement, tirez ! 

Hippo se joignit à sa troupe et tous se mirent à tirer, encore et encore, sous les encouragements de Fantin, de Léon, de Suzon et de Vénus.

-   Oh hisse ! Oh hisse ! Oh hisse ! 

Petit à petit, et à force de volonté et de ténacité, ils réussirent à extirper la totalité de la ceinture du sol.

-   Et maintenant, dit Suzon, que faisons-nous ? Le nœud est toujours là !

-   Attends je crois que j’ai une idée… répondit Léon.

Il positionna son derrière face à Vénus et, visant le nœud, lança quelques filaments gluants. Il tira alors très doucement. Le nœud se mit à glisser le long de la queue de Vénus jusqu’à atteindre l’étroite extrémité qui se prolongeait en nageoire.

-   Hippo s’il te plait, j’ai besoin de toi ! dit Léon. Vas-y, l’espace est suffisant pour retirer la ceinture de la queue de Vénus.

Hippo s’exécuta et la ceinture se retrouva bientôt étalée de tout son long sur le sable.

-   Bravo Léon ! Bonne initiative ! Sans toi nous n’aurions jamais réussi, lança Hippo.

-   Merci, mais ce n’est pas fini. Le nœud est toujours là, ajouta Fantin.

-   Ce sera très facile maintenant. Il suffit simplement de tourner la ceinture en sens inverse et de… 

Mais Léon ne termina pas sa phrase. Quatre yeux rouges de colère les encerclaient et les fixaient de loin.

Chapitre 12

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-   Dispersion ! hurla Hippo.

Pris de panique les hippocampes déguerpirent sur le champ et Suzon s’enfouit dans le sable entrainant à sa suite Léon. Seuls Hippo et Fantin restèrent sur place, prêts à les affronter. Vulkin et Chimène fonçaient sur eux à vive allure ; lui par la droite, elle par la gauche.

Fantin garda son sang froid et glissa à l’oreille d’Hippo :

-   Occupe-toi du nœud, je vais faire diversion !

Hippo acquiesça de la trompe et plongea droit sur la nageoire de Vénus qui le suppliait de se hâter. Fantin s’éloigna un peu de ses amis puis se tourna à tour de rôle vers Vulkin et vers Chimène en leur criant :

-   Monstrueux requin ! J’ai volé tous tes dollars et je suis le seul à savoir où ils sont cachés !  Et toi affreuse murène ! Enlever la jolie Vénus ne t’aura servi à rien, tu seras toujours aussi laide ! 

Irrité et cloué sur place par tant d’arrogance, Vulkin bougonna dans sa barbe quelques jurons. Quant à Chimène, vexée, elle se mit à frétiller furieusement sur place tout en orientant sa crête épineuse vers Fantin. Personne n’avait jamais osé lui faire un tel affront. Ils ouvrirent tous deux leurs grandes gueules et, dents en avant, se ruèrent sur le brave Fantin. Immobile, il les laissa avancer, avancer encore un peu puis, promptement, fit un puissant bon. Vulkin et Chimène n’eurent d’autre choix que de se percuter de plein fouet et d’entremêler leurs longues dents dans un effroyable crissement strident.

Au même moment, Hippo vint à bout du nœud de la ceinture de Vénus sans aucune anicroche.  Fantin, en coinça le bout dans son museau et se mit à tourner autour de Vulkin et de Chimène. Après plusieurs tours, il tira de toutes ses forces et ligota ses ennemis. Vénus, enfin délivrée, s’éleva sur sa queue et après avoir remercié ses nouveaux amis, s’approcha du requin et de la murène.

-   Je pense que ça devrait être suffisant, tu peux les lâcher maintenant Fantin. 

Fantin hésita, mais faisant confiance à Vénus, il lâcha la ceinture. Aussitôt, elle se desserra, tomba sur le sable et s’enroula sur elle-même.

-   Fais revenir les autres, dit alors Vénus à Hippo, vous n’avez plus rien à craindre dorénavant !

Sans crainte, Vénus approcha alors ses mains du requin tapis barbu et de la murène. Elle les aida à démêler leurs dents puis leur caressa la tête. Chimène gloussa de plaisir, regarda tendrement Vénus et la complimenta sur sa beauté. Quant à Vulkin, il ronronna de satisfaction et laissa Vénus brosser sa barbe à l’aide de ses longs doigts. La douceur et la gentillesse avaient pris le dessus sur leur cruauté et leur méchanceté. Lorsque Fantin et ses amis furent à nouveau tous réunis, Chimène et Vulkin, se confondirent en excuses, regrettèrent le mal qu’ils avaient fait et demandèrent pardon.  Nos amis leur pardonnèrent mais leur firent bien comprendre que cela n’effaçait en rien les actes de cruauté qu’ils avaient commis et toute la souffrance qu’ils avaient causée. Vulkin et Chimène promirent de ne plus jamais faire souffrir quiconque et de réparer, autant que possible, tout le mal qu’ils avaient fait.

Bientôt, il fut temps de quitter l’Abysse de la haine. Vulkin partit le premier et se hâta vers le Golf des sables. Quant à Chimène, elle proposa de les accompagner afin de les guider à travers le labyrinthe jusqu’à la sortie.

Chapitre 13

En chemin, ils croisèrent les benthocodons qui se mirent à virevolter autour d’eux pour fêter cette incroyable victoire. On aurait dit un ballet de soucoupes volantes ! Puis ils s’engouffrèrent au travers du labyrinthe. Une fois arrivé aux abords du rocher des fous de Bassan, Chimène demanda à nos amis de se cacher et de se tenir prêts. Elle rassembla alors ses farouches mérous, les somma de se serrer, de fermer les yeux et de ne pas bouger. Elle fit alors un signe à Vénus qui, se servant de sa ceinture comme d’un lasso, la lança autour des mérous. Ensuite, aidée de tous ses amis, elle tira jusqu’à ce que la magie opère et que les mérous deviennent aussi dociles que pacifiques. Fantin remonta à la surface. Ninette la mouette, qui commençait à s’arracher les plumes tellement elle était inquiète, piailla de joie lorsqu’elle l’aperçut. Fantin lui raconta aussitôt les péripéties que lui et ses nouveaux amis venaient de vivre. Ninette ne tarda pas à les conter à son tour à Abou le fou qui n’en croyait pas ses oreilles. Il plongea dans l’océan pour se rendre compte par lui-même. Ce qu’il vit lui cloua le bec : Un mérou cirait les écailles de Vénus aidé de l’éponge qu’il tenait délicatement dans sa mâchoire tandis que la murène utilisait sa crête épineuse pour coiffer ses cheveux !

Bientôt, Ninette dit au revoir à Abou et à la colonie puis s’envola à la suite de Fantin et de ses nouveaux amis. Lorsqu’ils arrivèrent à la frontière du Golf des sables, Vulkin les attendait. Il les salua avec révérence et les invita à s’engager sur un tapis rouge que les araignées des mers déployaient au fur et à mesure de leur avancée. Dubitatif, Hippo chuchota à l’oreille de Fantin :

-   Tu crois vraiment qu’on peut changer à ce point en si peu de temps ?

-   Je me méfie encore mais je lui laisse une chance de nous le prouver, lui répondit Fantin.

-   N’ayez crainte mes amis, intervint Venus, les pouvoirs magiques de ma ceinture sont irréversibles.

-   Mais les araignées n’y ont pas eu droit, fit remarquer Hippo.

Vulkin qui avait surprit la fin de la discussion répondit :

-   Ayez confiance en moi, les araignées ne sont pas méchantes, elles ne faisaient qu’obéir de peur que je leur tranche les pattes. Ma nouvelle nature les ravie et sachez qu’elles vous sont extrêmement reconnaissantes.

-   Et les méduses ? ajouta Fantin.

-   C’est pareil ! Regarde là-bas, que vois-tu ?

-   Heu… les méduses ? répondit Fantin.

-   Oui, et que font-elles ?

-   Heu… je ne sais pas… Elles ne bougent pas… Elles ne font rien…

-   Exact, elles ne font rien. Mais je dirais plus tôt qu’elles font ce qu’elles ont envie de faire et plus ce que j’ai envie qu’elles fassent.

Fantin plissa son museau l’air septique ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux de Vulkin.

-   Je comprends ta méfiance Fantin et je ne peux t’en vouloir. Sois un peu patient et tu verras, je gagnerai ta confiance. Mais pour l’instant je vais te souhaiter un bon voyage de retour et une éclatante victoire sur les caulerpes. Nous arrivons à la limite de mon territoire les amis.

Peiné, Vulkin regarda partir Fantin et ses amis. Il était peut être un requin, mais le requin qu’il était devenu n’avait plus rien à voir avec le requin qu’il avait été. Mais tout au fond de lui, il savait que ses paroles ne suffiraient pas pour gagner leur confiance. Pour la gagner, il devrait leur prouver qu’il en était digne.

Chapitre 14

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L’Archipel de la paix fut bientôt en vue. Ninette dit au revoir à ses amis et regagna l’Ile aux oiseaux ravie de pouvoir montrer à ses congénères qu’elle n’y avait laissé aucune plume. Elle leur raconta comment elle avait, avec l’aide des Fous de bassan, fait diversion chez les mérous pour permettre à Fantin de se s’introduire dans le labyrinthe. Tous furent en admiration et décidèrent de rendre visite incessamment sous peu à ces incroyables oiseaux qui savaient plonger et nager dans l’eau !

Pendant ce temps, nos amis furent accueillis par la brigade des uranoscopes. Ils leur ouvrirent la marche devant les acclamations d’une foule aussi surprise qu’heureuse. Hippo et sa troupe défilaient, trompes dressées et queues enroulées, en rang et au pas. Léon et Suzon les suivaient de très près tentant vainement de les imiter sous les sourires amusés du public. Fantin et Vénus, quant à eux, fermaient la marche en agitant leurs nageoires pour répondre aux « bienvenues » chaleureux que lançait la foule enthousiasmée. La nouvelle du retour de la paix se propagea rapidement dans les récifs mais les habitants étaient perplexes. Devaient-ils considérer cette bonne nouvelle comme la fin de la guerre ou comme une trêve passagère ? Quelle valeur avait la parole d’un requin…

Et puis bientôt nos amis se séparèrent. Hippo envoya sa troupe en permission. Tous les hippocampes rejoignirent leurs familles qu’ils avaient hâte de retrouver. Léon et Suzon se rendirent à l’hôpital de l’Etoile rouge pour saluer la vieille étoile de mer de la part de Fantin. Ils firent ainsi la connaissance de la petite raie qui était à son chevet. Tous sympathisèrent et la petite raie les invita à partager le recoin de sable qu’elle habitait en attendant de trouver un logement plus adéquat. Quant à Fantin et à Vénus, ils se mirent en route pour Aquarius en espérant qu’il ne serait pas trop tard.

Chapitre 15

Lorsque Fantin et Vénus arrivèrent à Aquarius c’est à peine si Fantin reconnu le beau lagon. Les Caulerpes avaient envahi la quasi-totalité d’Aquarius. Certaines, affalées sur le sable, digéraient le plancton entassé dans leurs estomacs, d’autres rampaient à leur poursuite. Le charmant lagon qu’avait quitté Fantin était devenu glauque. Les coraux en éventail s’étaient refermés. Les algues, autrefois si colorées, avaient pâlies et étaient toutes rabougries. L’eau, si limpide et si bleue d’ordinaire, devenait verdâtre et opaque. La famine avait commencé son œuvre et les habitants d’Aquarius avaient perdu énormément de poids. Les langoustes ressemblaient dorénavant à des crevettes quant aux coquilles des bulots, des bigorneaux et des palourdes elles faisaient penser à des chapeaux beaucoup trop grands pour eux. Bientôt, Fantin et Vénus croisèrent un crabe qui s’était pris la pince dans une caulerpe et se débattait avec le peu de force qui lui restait.

-   Sais-tu où je peux trouver notre Présidente ? lui demanda Fantin en le délivrant.

-   Oui, elle est un peu plus loin au nord du lagon.  Je vais t’y conduire.

-   Merci, dit Fantin.

-   C’est moi qui te remercie, insista le crabe, j’aurais été obligé de me trancher la pince pour me libérer si tu n’étais pas intervenu.

Lorsqu’ils arrivèrent, Ségolène était en plein débat avec son état major. Ne souhaitant pas les interrompre, ils restèrent en retrait et écoutèrent…

-   Madame la Présidente, nous devrions arrêter de compter sur ce dauphin pour éradiquer les Caulerpes et agir nous-mêmes, dit l’amiral Narval.

-   Je suis tout à fait d’accord avec l’amiral Narval, acquiesça le lieutenant de vaisseau Cachalot, ce n’est qu’un petit fantassin !

-   Absolument d’accord avec vous lieutenant de vaisseau Cachalot, continua l’amiral Narval, un petit fantassin sans expérience.

Ségolène se mit alors très en colère et s’exclama :

-   C’est assez Messieurs ! Ce jeune dauphin n‘est peut être qu’un simple fantassin sans expérience mais, si ma mémoire est bonne, lui seul se porta volontaire pour assurer cette périlleuse mission.

Honteux, l’amiral Narval et le lieutenant Cachalot cherchèrent à éviter le regard de Ségolène. C’est à cet instant, qu’ils les aperçurent !

-   Fantin ! Quelle joie de te revoir sain et sauf ! lui lança l’amiral Narval en arborant un sourire mielleux.

-   Fantin ! Tu as donc réussi ? J’en étais sûr ! ajouta le lieutenant Cachalot en lui caressant le melon hypocritement.

-   Bonjour Messieurs mais excusez moi, Madame la Présidente m’attend. Fantin et le crabe, galants, laissèrent passer Vénus devant eux et plantèrent sur place l’amiral et le lieutenant de vaisseau.

-   Madame la Présidente, je suis ravie de vous présenter Vénus, la Reine des Sirènes. Vénus et Ségolène se saluèrent.

Puis, ignorant totalement l’amiral et le lieutenant de vaisseau qui essayaient de se mêler à la conversation, Fantin, le crabe, Vénus et Ségolène mirent au point un plan qui leur permettrait d’anéantir les caulerpes.

Le plan savamment étudié fut mis en application immédiatement. Afin de distraire les Caulerpes, Vénus entonna son plus mélodieux chant, Fantin les entoura de la ceinture magique sans se faire remarquer et le crabe, grâce à l’habileté de ses pinces, forma un nœud coulissant. Au signal de Ségolène, l’amiral Narval et le lieutenant de vaisseau Cachalot n’avaient plus qu’à tirer de toutes leurs forces.

Chapitre 16

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Tout rentra bientôt dans l’ordre à Aquarius. Les Caulerpes se confondirent en excuses et décidèrent ne plus vivre pour manger mais de manger pour vivre. Elles quittèrent le lagon après avoir fêté la fin de leur occupation autour d’un cocktail de plancton partagé avec les habitants d’Aquarius. Vénus ne tarda pas non plus à partir. Un long voyage l’attendait et elle avait hâte de retrouver son Royaume qui lui avait tant manqué.

Peu de temps après, le peuple de l’Archipel de la paix virent approcher Vulkin qui, bien décidé à se racheter, avançait suivi de sa bande de kamikazes en arborant un drapeau blanc. Les poissons pilotes firent un lâché de dollars des sables qui reprirent leur place initiale. Quant aux poulpes, elles proposèrent d’aider à la reconstruction des habitations qu’elles avaient ravagées.  Elles travaillèrent à tour de bras, jour et nuit, jusqu’à ce que tous les habitants retrouvent un habitat décent. Avant de repartir, Vulkin renouvela ses plus plates excuses et s’engagea à ne plus jamais compromettre la paix qui régnait dans l’archipel. Les habitants acceptèrent ses excuses et saluèrent son attitude. La vie reprit son cours dans l’archipel de la paix mais tous restèrent vigilants. Vulkin était et resterait un requin…

Chimène la murène quitta définitivement l’Abysse de la haine déterminée à se rendre utile. Elle n’attaqua plus aucun être vivant et, pour se nourrir, se contenta de poissons qui avaient déjà rendu l’âme. Malheureusement, son haleine nauséabonde empira et, au lieu de l’écouter clamer haut et fort que la paix n’avait pas de prix et que la guerre était une folie, ceux qu’elle rencontrait fuyaient en se bouchant les narines. Et puis, un jour, elle rencontra des petites crevettes qui lui apportèrent leur aide. Régulièrement, elles pénétraient dans sa large bouche et lui brossaient les dents. Chimène retrouva ainsi, très vite, une haleine fraîche et ne fit plus jamais fuir son auditoire.

Sur Aquarius, il y eut du remue-ménage au sein de l’état major. Le lieutenant de vaisseau Cachalot fut rétrogradé et se retrouva à la circulation sous les ordres des uranoscopes ; quant au général Narval, il démissionna de ses fonctions. Ségolène organisa alors un référendum afin de consulter les habitants d’Aquarius sur le nouveau général qu’ils souhaitaient voir à ses côtés. Les habitants votèrent en masse et élurent Fantin. Ségolène laissa alors le soin à son nouveau Général, en qui elle avait toute confiance, de nommer son lieutenant de vaisseau. Fantin pensa immédiatement à son ami Hippo et lui proposa de le rejoindre. Enchanté et honoré, Hippo accepta sans hésiter et fut muté sur Aquarius. Il parait même qu’une statue fut érigée en hommage au courage de Fantin…   

Penses-tu que cette photo prise par mon amie Marie au cours d’une randonnée dans les Pyrénées tout près de Font Romeu est celle de la statue de Fantin ? Et si c’est le cas, cela veut-il dire que cette histoire s’est effectivement déroulée, un jour, quelque part sur notre bonne vieille Terre…

 

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FIN

Par Marjolaine Marchal, août 08©

 

 

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